Résumé complet - Introduction PDF Imprimer Envoyer
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Résumé complet
Introduction
1ère Partie
2ème Partie
3ème Partie
Conclusion
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Résume de l'introduction de ma thèse

L’introduction de la thèse devait répondre à quatre questions majeures pour délimiter notre champ d’étude : pourquoi le sacré ? Qu’est-ce que le sacré ? Pourquoi l’art ? Et pourquoi l’Espagne au tournant du XIXe et du XXe siècles ? Les réponses à ces questions sont bien sûr inextricablement liées, mais nous tenterons de les distinguer autant que possible.

Tout d’abord, à l’origine de nos travaux de recherches, nous voulions trouver un motif itératif qui permette de caractériser l’art espagnol. Le religieux, puis le sacré, se sont imposés en raison de l’importance cultuelle et culturelle de la religion catholique en Espagne. Les artistes, à la fois acteurs et témoins de leur époque, rendent compte des mutations qui transforment profondément la création artistique, en raison du nouveau rapport qui s’établit peu à peu entre les auteurs et leur conception du divin à l’aube du XXe. En ce sens, le sacré se révèle non seulement comme un concept d’une fécondité et d’une richesse sans borne, au point d’en être difficilement définissable comme nous le verrons, mais il est également un véritable processus clef dans l’évolution des mouvements artistiques pré-modernes et modernes. C’est pourquoi il nous est apparu nécessaire de mener cette étude.

Or, notre première tentative de définition du sacré relève du défi phénoménologique. C’est au carrefour de l’anthropologie religieuse, de la sociologie, de l’esthétique et de la psychanalyse que se profile ce premier essai définitoire, mais nous nous heurtons aussitôt à l’ineffable et l’impensable du Divin : « Il n’y a pas d’idée de Dieu ou Dieu est sa propre idée. Nous sommes hors de l’ordre où l’on passe de l’idée à l’être. L’idée de Dieu c’est Dieu en moi, mais déjà rompant la conscience qui vise des idées, différent de tout contenu ». Le sacré apparaît néanmoins comme un lien précieux, unique et duel, entre le monde sensible et le Divin, permettant de surseoir cette aporie. Il se distingue par là du religieux, qui reste ancré dans le dogme et le rituel liturgique, tandis qu’lui permet d’approcher la sphère de la divinité. La polymorphie caractéristique du sacré tient de son expression même : il résulte d’un cadre historico-culturel déterminé, il est tributaire de sa propre manifestation. Ainsi, nous avons toujours mis en relation la traduction artistique du sacré et le contexte, ou les enjeux socio-politiques, qui la sous-tendent .

Car l’art est le lieu privilégié d’apparition du sacré, « épiphanie trompeuse » certes, mais c’est la création artistique qui révèle l’homme comme capax dei et célèbre sa puissance thaumaturgique. Les arts nous semblent donc le meilleur truchement par lequel saisir l’industrieux et ondoyant signe sacré. Nous avons concentré nos recherches sur la peinture et la littérature romanesque afin que notre étude étaye ses hypothèses sur un champ disciplinaire déterminé (réservant pour d’autres recherches une analyse semblable sur la poésie, le théâtre et l’architecture). Les tableaux et les romans puisent dans un « humus commun » mais exprimeront chacun à leur manière le paradigme du sacré, et il nous appartiendra de distinguer les registres, sensibilités et productions propres à chacun.

Notre approche de l’art espagnol par le biais du motif du sacré représente une véritable nouveauté dans les études sur l’Espagne contemporaine. En effet, d’une part, si en littérature la question religieuse a déjà été traitée, elle l’a toujours été de manière partielle (focalisée sur l’histoire politique, la société ou encore l’idéologie), ou centrée sur un romancier, alors que notre corpus littéraire est constitué d’une quinzaine de romans. D’autre part, en peinture, de telles recherches sont quasiment inexistantes, à tout le moins à l’échelle d’un demi-siècle et sur un tel corpus d’œuvres (51 tableaux peints entre 1868 et 1923). Tant en peinture qu’en littérature, nous avons choisi des créations exprimant une certaine forme de sacré, du plus manifeste au plus diffus, comme nous l’expliquerons plus loin.

Restait à définir en introduction la pertinence de cette étude en Espagne, et à justifier les limites chronologiques retenues. Au sein de l’Europe, ce pays se distingue par son atavisme religieux. Son unité nationale aurait initialement fondée au Ve siècle autour du catholicisme – selon certains historiens comme Sánchez Albornoz –, et elle se trouve renforcée avec Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille qui associent projet politique et projet religieux avec la Reconquête. Dès lors, les Rois Catholiques ancrent l’Espagne dans une tradition religieuse inébranlable jusqu’à la fin du XIXe siècle (à part quelques rares parenthèse comme la révolution du Sexenio). Nous portons précisément l’accent sur la période dite « fin de siècle », car l’Espagne du tournant du XIXe au XXe siècle est celle de tous les bouleversements : politiques, sociaux et esthétiques. Se profile alors une problématique sacro-artistique intrinsèquement espagnole car, selon nous, loin d’englober les artistes dans des mouvements esthétiques internationaux et uniformes, la Modernité révèle des sensibilités nationales et individuelles. Notre analyse commence en 1868, année de la chute d’Isabelle II et de l’avènement d’une révolution démocratique qui débouchera sur la Première République Espagnole, pour s’arrêter en 1923, date retenue moins pour sa valeur politique, début de la dictature de Primo de Rivera, que pour des raisons « esthétiques » ; en effet, au-delà des années 1920, nous ouvrons des perspectives artistiques quasiment illimitées. L’explosion de la Modernité était alors difficile à circonscrire dans notre thèse, c’est pourquoi nous avons choisi d’analyser plutôt l’émergence d’un nouveau phénomène, d’en définir clairement les origines et les modes d’expression singuliers, afin de donner des clefs d’interprétation pour les mouvements artistiques du début du XXe siècle.

En dernier lieu, nous reproduisons ici nos cinq hypothèses de travail, telles que formulées à la fin de l’introduction de notre thèse :

  • De quelle manière Le désenchantement du monde est-il sensible en Espagne ? Quelle est la place de l’Église espagnole au sein d’une société en pleine (r)évolution ?
  • Comment s’articulent « la question religieuse » espagnole et la quête d’identité nationale ? Quelles corrélations pouvons-nous établir entre les interrogations ontologiques des artistes et le problème de l’idiosyncrasie à l’aube du XXe siècle ?
  • En dépit de la sécularisation, comment s’explique et s’exprime le signe sacré, et peut-on en définir des modalités qui soient spécifiques à l’Espagne ? En d’autres termes, existe-t-il une Modernité espagnole placée sous le signe du sacré ?
  • Dans quelle mesure l’art (et en particulier dans notre étude la littérature romanesque et la peinture) se révèle-t-il être un prisme fécond pour rendre compte de la révolution cultuelle et culturelle qui s’opère à l’époque envisagée ? Quelles en sont les conséquences esthétiques, et l’œuvre d’art en sort-elle différente ?
  • Et finalement, qui dit le sacré en Espagne ? Qui s’interroge sur la question du rapport entre la société, les arts et le sacré ? Cette question est-elle le seul apanage des artistes en particulier, des intellectuels en général ?